À l’occasion de la Journée internationale du travail célébrée ce 1er mai 2026, la présidente de l’Intersyndicale provinciale du Sud-Kivu, Civava Kwinja Ghislaine, a livré un message dense et engagé, mêlant devoir de mémoire, analyse critique de la situation socio-économique et appel à une mobilisation collective en faveur des travailleurs.
Dans sa déclaration officielle, elle a replacé cette journée sous le double prisme des thèmes national et international : « unis et solidaires pour la résilience en République démocratique du Congo » et « travailler dans la dignité, défendre la justice sociale, préserver la nation ». Des orientations qui, selon elle, doivent servir de socle aux échanges entre l’État, les employeurs et les travailleurs afin de relever les défis actuels du monde du travail.
Rappelant la portée historique du 1er mai, Civava Kwinja Ghislaine a insisté sur sa dimension commémorative, dédiée aux travailleurs décédés ou blessés dans l’exercice de leurs fonctions. Mais au-delà de cet hommage, elle a souligné l’urgence de répondre aux difficultés contemporaines qui fragilisent davantage la classe laborieuse.
Son diagnostic est sans appel : les conditions de travail se sont progressivement détériorées depuis l’indépendance de la RDC en 1960. Elle attribue cette régression à une combinaison de facteurs structurels, notamment les conflits armés récurrents, les instabilités politiques et les insuffisances en matière de gouvernance. Ces éléments ont engendré des conséquences profondes, parmi lesquelles la destruction d’infrastructures, la fermeture d’entreprises, la dépréciation de la monnaie nationale, la suppression d’emplois et la montée du chômage.
Dans ce contexte, la présidente de l’Intersyndicale dénonce avec vigueur ce qu’elle qualifie de « salaire de misère », reflet d’un manque de reconnaissance du travail des agents publics. Cette situation, souligne-t-elle, alimente la démotivation et plonge de nombreux travailleurs dans une précarité persistante, rendant leur avenir professionnel incertain.
Elle a également pointé les inégalités salariales au sein de la fonction publique, évoquant un écart considérable entre certaines catégories de hauts responsables et la majorité des agents. Une disparité qu’elle qualifie d’injustice sociale flagrante et qui, selon elle, nuit à la cohésion et à l’équité au sein de l’administration.
Face à ces défis, l’Intersyndicale appelle au respect strict des textes légaux encadrant le travail. Elle exhorte notamment les employeurs à se conformer aux décrets-lois relatifs à la fixation et à l’ajustement du salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG), des allocations familiales et de la contre-valeur du logement.
Par ailleurs, Civava Kwinja Ghislaine a mis en lumière les difficultés liées à l’exercice de l’action syndicale dans la province. Elle évoque notamment la fermeture de plusieurs entreprises pour des raisons sécuritaires, ainsi que le dysfonctionnement d’autres structures, aggravé par la fermeture des banques depuis février 2025. Elle dénonce également des atteintes à la liberté syndicale dans certaines entreprises, en contradiction avec les normes internationales, notamment la Convention 87 de l’Organisation internationale du travail.
Dans un contexte marqué par l’insécurité persistante dans l’Est de la RDC, l’Intersyndicale du Sud-Kivu a exprimé sa solidarité envers les populations affectées par les conflits armés. Elle lance un appel pressant à toutes les parties prenantes pour privilégier la voie du dialogue et œuvrer à un retour durable de la paix, condition essentielle pour relancer l’économie et garantir des conditions de travail décentes.
En dépit de ce tableau préoccupant, le message se veut porteur d’espoir. La présidente de l’Intersyndicale invite les travailleurs à rester unis, solidaires et engagés dans la défense de leurs droits. Elle appelle également les autorités publiques à assumer pleinement leurs responsabilités afin de promouvoir la justice sociale et restaurer la dignité du travailleur congolais.
Il convient de souligner que les thèmes retenus aux niveaux national et international pour cette journée sont : « Unis et solidaires pour la résilience en République démocratique du Congo » et « Travailler dans la dignité, défendre la justice sociale, préserver la nation ». Autant d’orientations qui, selon elle, devraient inspirer les échanges tripartites entre l’État, les employeurs et les travailleurs.
Par Elie Munike David
