Depuis quelques jours, l’atmosphère à Bukavu est marquée par une profonde inquiétude. Alors que les affrontements entre les FARDC et le M23 s’intensifient dans le territoire de Kalehe, les jeunes entrepreneurs de Bukavu, déjà fragilisés par un environnement économique instable, craignent de voir leurs activités s’effondrer si le conflit venait à s’étendre.
L’origine de cette inquiétude est dûe aux images venant de Goma où des boutiques et magasins ont été pillés et détruits par les éléments rebelles du M23. « Je viens de Kabare, je suis vendeur ambulant d’oeufs à Bukavu. J’achète en gros, je les prépare, les place sur les plaquettes et je circule dans la ville en les vendant. Au soir, le profit est divisé par deux avec mon patron qui finance mon activité. Je ne suis pas sur les réseaux sociaux, je ne connais pas l’évolution de la guerre à Goma. Mais si la guerre arrive ici, que deviendrais-je?», s’interroge Didier Bisimwa, un jeune adolescent de 14 ans.
Plusieurs entrepreneurs de Bukavu redoutent le pire. Les tensions actuelles ont déjà un impact sur l’approvisionnement en marchandises et la baisse du pouvoir d’achat de la population.
« À la fermeture, nous rentrons avec nos produits les plus coûteux comme les téléphones et les machines. Bien que la sécurité ne soit pas non plus très certaine dans nos quartiers, nous stockons nos produits à la maison puisque même les coffres ne sont plus sûres, comme nous l’avions vu à Goma. De plus, nous fermons désormais nos portes à 18h30 pour éviter tout incident.» explique Justin Banywesize, propriétaire de « Justin Shop », une entreprise qui vend les accessoires et téléphones. Pour lui , comme pour beaucoup d’autres, l’incertitude paralyse les projets et les investissements.
Un marché fragile sous pression
Bukavu est une ville où le commerce informel joue un rôle essentiel dans l’économie locale. Les vendeurs ambulants, qui dépendent des flux de clients journaliers, sont les premiers à ressentir l’impact de cette instabilité. À Goma, nombreux d’entre eux ont déjà perdu leur source de revenu après la destruction de leurs stands par les rebelles. Si une telle situation se produisait à Bukavu, cela serait un désastre économique.
L’autre grande crainte concerne les stocks de marchandises. Plusieurs produits vendus à Bukavu viennent de Goma ou transitent par cette ville. Avec la guerre, les routes commerciales sont menacées, ce qui pourrait entraîner une flambée des prix et une rupture d’approvisionnement.
Entre résilience et désespoir
Malgré la peur, certains entrepreneurs tentent de s’adapter. « On essaie de diversifier nos offres et de miser sur des produits qui se vendent malgré la crise », confie Nadine Shukuru, créatrice de sacs artisanaux. Mais cette adaptation a ses limites. Sans sécurité, sans clients et avec un climat de peur, difficile de maintenir une activité rentable.
L’appel des entrepreneurs est clair : ils espèrent que la situation sera maîtrisée rapidement et que Bukavu sera épargnée. Mais en attendant, ils avancent à tâtons, avec la crainte que leur ville ne suive le même sort que Goma.
La menace est réelle, et pour les jeunes entrepreneurs, chaque jour qui passe est une lutte entre l’espoir et l’angoisse.
Par Pax Chanwa
