L’exode rural ne cesse de s’intensifier dans plusieurs territoires du Sud-Kivu, notamment à Idjwi et Walungu, où un nombre croissant de jeunes quittent leurs villages pour rejoindre la ville de Bukavu ou d’autres provinces du pays. Ce phénomène, qui concerne aussi bien les jeunes filles que les jeunes garçons, est devenu une préoccupation majeure pour les acteurs du développement local. En quête d’un avenir meilleur, de nombreux jeunes désertent les campagnes, laissant derrière eux des communautés de plus en plus fragilisées.
À Idjwi, David Muzuka, point focal de KJN, observe une augmentation constante des départs. Selon lui, la non-scolarisation constitue l’une des principales causes de cette migration. Les jeunes qui n’ont pas accès à l’éducation ou à une formation professionnelle peinent à trouver des perspectives d’avenir dans leur milieu d’origine. Même ceux qui terminent leurs études choisissent souvent de partir, estimant que les opportunités d’emploi et d’épanouissement personnel sont plus nombreuses ailleurs. Cette perception pousse une partie importante de la jeunesse à tourner le dos à son territoire.
À Walungu, le constat est similaire. Peter Bahaya, point focal de KJN dans ce territoire, explique que les jeunes diplômés sont nombreux à quitter leurs villages après leurs études. Selon lui, le manque d’opportunités économiques, la rareté des emplois et les difficultés d’accès à la terre accentuent cette tendance. Il souligne également que de vastes étendues de terres sont progressivement acquises par certains notables qui ne les exploitent pas toujours, réduisant ainsi les espaces disponibles pour les activités agricoles. À cette problématique foncière s’ajoutent les conflits liés à la terre ainsi que l’insécurité provoquée par les affrontements, des facteurs qui poussent plusieurs familles et jeunes à chercher refuge ou de meilleures conditions de vie ailleurs.
Les conséquences de cet exode rural sont déjà perceptibles dans plusieurs territoires. Le départ massif des jeunes entraîne un dépeuplement progressif des zones rurales et prive le secteur agricole de sa principale force de travail. De nombreux champs sont abandonnés ou insuffisamment exploités, ce qui provoque une baisse de la production agricole et une augmentation des risques de famine. Autrefois, les territoires ruraux constituaient les principaux bassins de production qui approvisionnaient les centres urbains en produits vivriers. Aujourd’hui, cette capacité s’affaiblit considérablement alors même que les villes ne disposent pas d’espaces agricoles suffisants pour répondre à la demande alimentaire croissante.
Au-delà de la question agricole, l’exode rural menace également la transmission des savoir-faire locaux, la cohésion sociale et le développement équilibré des territoires. Plusieurs observateurs estiment qu’il est urgent de mettre en place des politiques favorisant l’emploi des jeunes, l’accès à la terre, la formation professionnelle, l’amélioration des infrastructures et la sécurité dans les milieux ruraux. Sans des mesures concrètes, les campagnes risquent de se vider davantage de leur jeunesse, compromettant ainsi l’avenir économique et alimentaire de toute la province.
Par Elie Munike David
