Selon la radio Okapi, une enquête menée par l’ASBL Bloc Citoyen Amani révèle qu’environ 13 000 enfants vivent actuellement dans les rues de Bukavu, au Sud-Kivu. Réalisée du 5 janvier au 10 février 2026, cette étude met en lumière l’ampleur d’un phénomène aggravé par la pauvreté, les conflits armés et l’effritement du tissu familial.
D’après les chiffres publiés, la dislocation familiale constitue la principale cause d’exclusion. Environ 60 % des enfants recensés proviennent de foyers marqués par le divorce ou la séparation des parents. À cette fragilité s’ajoutent d’autres facteurs structurels, notamment la pauvreté extrême, qui pousse de nombreuses familles incapables de subvenir aux besoins primaires à laisser leurs enfants livrés à eux-mêmes dans la rue.
L’enquête souligne également le poids des accusations de sorcellerie, qui continuent de frapper certains mineurs. Stigmatisés et rejetés par leurs proches, ces enfants se retrouvent contraints à l’errance urbaine. Toutefois, malgré l’ampleur du chiffre avancé, les enquêteurs notent une baisse par rapport à la période précédant le conflit actuel.
Pour l’ASBL Bloc Citoyen Amani, la situation demeure néanmoins une « bombe à retardement » pour l’avenir de la ville. L’organisation plaide pour un objectif « zéro enfant dans la rue », tout en reconnaissant que les mécanismes de protection sont aujourd’hui à bout de souffle. La guerre a entraîné la fermeture de plusieurs centres de réinsertion et de formation professionnelle, faute de moyens ou pour des raisons sécuritaires.
À ce jour, le centre Ek’abana figure parmi les rares structures encore opérationnelles à Bukavu. Il prend en charge spécifiquement les enfants victimes d’accusations de sorcellerie. Pour les milliers d’autres enfants livrés à la rue, les perspectives de réintégration sociale et familiale restent limitées, dans un contexte où les besoins dépassent largement les capacités d’accueil disponibles.
Par Elie Munike David
