Considéré pendant des années comme un artisanat secondaire par les jeunes du Sud-Kivu, le métier de la céramique revient doucement au centre des regards.
Aujourd’hui, la céramique est bien plus qu’une expression culturelle : elle devient une véritable opportunité économique.
À l’Université Bilingue du Congo, le professeur Euphrème Ngoy ne cache pas son enthousiasme : « La formation en céramique, poterie ou fabrication de sculptures fait partie des enseignements que nous dispensons à nos étudiants en arts graphiques et plastiques en préparatoire, afin de leur permettre de bien suivre les cours de la filière d’architecture d’intérieur », explique-t-il.
Pour lui, les enjeux actuels du design poussent à former les étudiants dans des filières qui répondent à un besoin local, pour qu’ils puissent travailler dès la fin de leurs études.
Le constat est le même sur le terrain. Charles Nyamukere, géologue de formation et artiste passionné, exerce dans la sculpture et la céramique à travers les techniques de moulage et de modelage. Il fabrique des objets de décoration comme des vases, des pots de fleurs, des sculptures abstraites et réalistes.
« Nous diversifions énormément, car notre technique nous offre de nombreuses possibilités de création d’œuvres d’art. C’est depuis 2021 que j’ai professionnalisé mon art », confie-t-il.

Au sein de son organisation Pruma Art, il encadre de jeunes talents et les aide à devenir autonomes. « Nos formations reposent sur la céramique, mais elles englobent aussi la peinture, les gravures, etc. Je suis très heureux de voir certains de nos élèves s’organiser autour des arts que nous leur avons transmis. Nous avons même pu sortir deux jeunes de la rue, et aujourd’hui, ils subviennent à leurs besoins. »
« Nous avons beaucoup d’artistes à Bukavu, mais très peu s’aventurent dans la céramique, alors que cette technique offre plusieurs opportunités : créer des tableaux, faire de la sculpture en bois… Et tout le monde apprécie ce que nous faisons, c’est rentable. Nous partageons nos techniques avec les étudiants des universités locales, et c’est une immense joie de les voir s’y intéresser. »
Certain·es vont encore plus loin. Bazibuhe Bahindwa, potier, a fondé son entreprise Kivu Ceramic, spécialisée dans la fabrication de tasses et d’assiettes en argile cuite.
« Nous voulons valoriser la poterie du Kivu. Nos produits sont de la même qualité que ceux importés de Chine, de France ou des États-Unis », affirme-t-il.
Les défis restent néanmoins importants : manque de soutien, pénurie de main-d’œuvre qualifiée, et une population encore peu sensibilisée à la valeur de cet art. Bien que la matière première soit abondante, l’expertise locale fait souvent défaut.
Redonner à la céramique sa place, c’est penser à l’avenir : création d’emplois, valorisation du patrimoine, et affirmation d’un style propre au Sud-Kivu.
Pax Chanwa
