L’organisation médicale humanitaire d’urgence, Médecins Sans Frontières (MSF) est témoin d’une recrudescence des atrocités dans la province de l’Ituri, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), où ses équipes médicales soignent des civils avec des blessures atroces.
Dans un nouveau rapport publié le mercredi 26 mars 2025, MSF souligne les besoins extrêmes de nombreuses communautés exposées aux récentes attaques, à l’augmentation des déplacements et à la réduction de l’aide humanitaire.
Selon les Médecins sans Frontières, depuis des décennies, les habitants de l’Ituri, dans le nord-est de la RDC, sont à la fois des cibles directes et des victimes collatérales d’un conflit complexe caractérisé par des violences, des divisions communautaires et l’implication de divers groupes armés. Ce conflit a aussi considérablement entravé l’accès aux soins de santé et aux moyens de subsistance des familles. L’aide humanitaire limitée a aggravé la situation des populations qui bénéficiait déjà de peu d’attention internationale.
Selon ce rapport, les violences en Ituri ont provoqué le déplacement de 100 000 personnes depuis le début de l’année 2025. Rien qu’en janvier et février, l’ONU a également signalé une intensification des violences envers les civils, avec des attaques ayant fait plus de 200 morts et des dizaines de blessés. En février, les équipes médicales MSF ont soigné des enfants âgés de 4 ans et des femmes enceintes blessées par des machettes et des balles suite à des attaques de milices dans le territoire de Djugu.
« Ces dernières attaques surviennent après des décennies de violence et de conséquences dévastatrices pour les civils, y compris les femmes et les enfants en Ituri. Cette crise se caractérise par des déplacements répétés, où la violence oblige les civils à recommencer leur vie encore et encore. Pire, les histoires que nous racontent les patients et les communautés ne représentent que la partie émergée de l’iceberg. » déclare Alira Halidou, chef de mission MSF en RDC.
L’accès aux soins de santé entravé
Dans le territoire de Djugu, l’hôpital général de Fataki a été contraint de suspendre ses activités et d’évacuer ses patients à la mi-mars en raison des menaces de la part de groupes armés. Cette fermeture affecte des milliers de personnes qui se retrouvent sans accès aux soins médicaux. Dans la zone de santé de Drodro, également située dans le territoire de Djugu, près de 50 % des centres de santé ont été partiellement ou totalement détruits et ont dû être relocalisés ailleurs. Lorsque la violence s’est intensifiée l’année dernière à la même époque, une patiente a été tuée dans son lit pendant une attaque armée contre l’hôpital général de Drodro.
Non seulement ces attaques découragent les patients de venir chercher des soins dans des structures médicales, mais elles mettent également le personnel médical en danger.
Les plus vulnérables pris pour cibles
De janvier à mi-mars 2025, plus de la moitié des 39 victimes de violences traitées par MSF à la clinique Salama de Bunia étaient des femmes et des enfants. Une mère, dont l’enfant de 4 ans a été blessé, a perdu son bébé de 6 mois et son mari lors d’une attaque à la machette. Deux sœurs âgées de 4 et 16 ans ont été frappées à la tête et aux bras à coups de machette, et leur mère (enceinte de 8 mois) a également été grièvement blessée par de multiples coups de machette.
Lorsque les civils cherchent refuge dans les sites de déplacés, ils ne sont toujours pas en sécurité.
Lorsque les attaques contre les civils se multiplient, le nombre de victimes de violences sexuelles qui se présentent dans les structures MSF augmente également. Les femmes sont particulièrement exposées aux agressions lorsqu’elles sortent pour chercher de quoi nourrir leur famille.
De ce fait, MSF appelle tous les groupes armés étatiques et non étatiques actifs en Ituri à épargner les civils ainsi que les structures de santé, qui sont des sanctuaires essentiels à la survie des communautés locales.
La Rédaction
