À l’occasion de la journée du 28 avril, dédiée à la mémoire des travailleurs morts ou blessés dans l’exercice de leurs fonctions, Civava Kwinja Ghislaine présidente de l’intersyndicale au Sud-Kivu appelle à une prise de conscience collective sur les conditions de travail. Cette date, symbole du mouvement syndical mondial, se veut avant tout un moment de recueillement, mais aussi de mobilisation.
« Le sens que nous accordons à cette journée, c’est la commémoration de nos martyrs, ces travailleuses et travailleurs décédés ou blessés sur les lieux de travail », rappelle Civava Kwinja Ghislaine, responsable de l’Union Nationale des Travailleurs du Congo au Sud-Kivu et présidente de l’intersyndicale provinciale.
Dans un ton empreint d’émotion et d’engagement, elle souligne que ces hommes et ces femmes sont « tombés sur le champ de bataille de la production », parfois mutilés dans les mines ou emportés par des maladies professionnelles, souvent dans l’indifférence générale. Pour elle, le 28 avril est bien plus qu’une simple commémoration : « c’est le cri de ralliement du mouvement syndical mondial ».
Au-delà du devoir de mémoire, cette journée met en lumière une réalité préoccupante dans la province du Sud-Kivu. Les travailleurs et fonctionnaires y traversent une période particulièrement critique, marquée par les conséquences de la guerre, les pertes d’emplois et un climat d’insécurité persistante.
À cela s’ajoutent d’autres défis contemporains, notamment les mutations liées aux nouvelles technologies et les effets du réchauffement climatique, qui impactent directement les conditions de travail. « Beaucoup de travailleurs sont aujourd’hui traumatisés, fragilisés et exposés à des risques multiples sans protection adéquate », déplore la responsable syndicale.
Face à ces défis, les syndicats insistent sur un principe fondamental : la santé au travail n’est pas un privilège. « La santé n’est pas une faveur accordée par le patronat, mais un droit fondamental et inaliénable arraché par la sueur des travailleurs », martèle Civava Kwinja Ghislaine.
Elle rappelle également les obligations légales des employeurs, notamment celle d’organiser un service dédié à la sécurité, à l’hygiène et à l’amélioration des conditions de travail, conformément à l’article 163 du Code du travail. Pourtant, dans la pratique, ces dispositions restent souvent peu appliquées, faute de contrôle et de volonté.
Dans ce contexte, elle appelle les autorités publiques, les employeurs et les partenaires sociaux à renforcer les mécanismes de protection des travailleurs. Elle plaide pour une application stricte des normes en matière de sécurité au travail, ainsi que pour un accompagnement psychosocial des travailleurs affectés par les conflits et les mutations économiques.
Par Elie Munike David
